NOUS Y VOILA

Depuis toujours, à l’unisson, les Togolais ont répété (et ils en étaient convaincus) que s’ils se rangeaient derrière n’importe lequel d’entre eux, ce dernier battrait à plate couture même le plus illustre des candidats du parti au pouvoir.

Ayant entendu ce discours récurent et y adhérant sincèrement eux-mêmes, certains Togolais de bonne volonté se sont mis en quatre, ne ménageant aucune peine et ne fuyant aucune humiliation pour organiser des consultations dans le but de dégager sinon un candidat unique de toute l’opposition Togolaise, du moins un candidat commun à une partie de ladite opposition.

Ce collège de « sages » rassemblé autour d’un éminent évêque s’est imposé un cahier des charges dans lequel existaient des critères qui allaient au-delà de la seule compétence technique dans la gestion des affaires économiques d’une nation, car c’est bien connu, le Togo notre pays ne ressemble à aucun autre.

Ce travail enfin terminé, un nom a été proposé aux Togolais.

Ma peine, ma plus grande peine a été de constater qu’il existe encore un pan, certes résiduel (mais qui crie si fort qu’il donne l’illusion d’un poids quelconque) dans la société Togolaise qui freine encore des quatre fers devant cette salutaire initiative. Ces gens, sans sommation se sont tout de suite mis à dégainer contre le choix du collège des sages réunis autour du prélat.

Certains, universitaires, se mettent soudain à pousser des hurlements de « vierges effarouchées » faisant semblant de découvrir le processus qui a conduit à cet aboutissement alors que tous faisaient partie d’organisations membres de la dynamique unitaire que proposait le vieil Evêque.

La vérité, c’est que tout le monde, en participant aux nombreuses réunions du Prélat avait en tête le nom de son candidat unique.

L’honnêteté intellectuelle, (puisqu’il s’agit d’activistes politiques mais aussi d’universitaires) ainsi que l’élégance auraient commandé aux uns et aux autres de ranger leurs sabres minutieusement nettoyés dans leurs fourreaux et de les y oublier au moins pour quelque temps.

D’autres, politiques et mêmes chefs de partis, ont choisi de ne pas choisir ; laissant croire que le positionnement qu’on leur demandait était entre la peste et le choléra.

Ils se trompent énormément, oubliant que ne pas choisir dans cette situation de péril en la demeure, c’est choisir tout de même. Ainsi, avouent-ils sans le dire (mais ils ne sont pas dupes, les citoyens) leur préférence de laisser les Togolais continuer avec l’errance dans laquelle ils se trouvent depuis plus de cinquante années. Les appels au secours ainsi que les gémissements depuis tant d’années de ce peuple tant meurtri ne les atteignent guère.

Vous les juristes, puisque vous en êtes, dites moi si cette situation n’est pas  assimilable à des cas de non assistance à peuple en danger.

Pourrez-vous un jour encore monter sur une estrade et demander à ce même peuple de vous accorder ses suffrages alors qu’en ce moment si difficile pour lui, où justement il a besoin de votre implication pour peut-être enfin marquer l’essai, vous avez choisi de lui tourner le dos dans un intellectualisme incompréhensible ?

Une autre catégorie de citoyens pense toujours qu’ils sont « le chemin, la vérité et la vie » et qu’aucun Togolais ne peut arriver à la liberté sans passer par eux.

Cette situation est tout aussi fâcheuse car le temps presse et ils restent drapés dans leurs certitudes,  accrochés à leurs « vieilles lunes », récusant toute chance d’épanouissement aux Togolais. Ils oublient ou feignent d’oublier que leurs solutions ont maintes fois déjà été essayées par le peuple sans résultat et qu’il serait peut-être temps de tester autre chose.

Les cimetières dit-on sont peuplés de personnes indispensables et incontournables, et pourtant la terre continue de tourner.

Alors, quelqu’un peut-il répondre à ma question de savoir si monsieur AGBEYOME est plus minable que n’importe lequel des Togolais ?

En ces temps où se joue le destin de tout un peuple, on n’a rien trouvé d’autre à faire que de s’amuser à convoquer les passés « lointain et récent » de ce candidat que l’on jette en pâture aux appétits gloutons des chiens avec une délectation non feinte, pensant ainsi le déstabiliser.

En réalité, ce n’est pas à monsieur AGBEYOME, mais bien au Togo et aux Togolais tout entier que l’on refuse de goutter au plaisir qu’entraine toute alternance au sommet de l’Etat. Y ont-ils un quelconque intérêt caché ? Eux seuls pourront répondre

N’y a-t-il pas un temps pour se haïr et un temps pour se rassembler ? Se rassembler lorsque la patrie semble en danger pour cheminer vers l’essentiel.

Le temps de la communion ou de l’œcuménisme, nous y voilà, me semble t-il.

Ce sont les grands moments qui révèlent les Grands Hommes et non le contraire.

 

J’ai demandé à un ami si une étoile morte peut un jour se réveiller et briller à nouveau dans le firmament pour le plus grand plaisir et profit de l’humanité.

Il m’a répondu qu’il n’en savait rien, n’étant pas spécialiste de cette science, mais que par contre, ce dont il est certain, c’est qu’un pécheur, même le plus illustre d’entre tous peut un jour devenir un saint homme.

Cette réponse m’a suffit et m’a comblé.

Toutes les religions sur cette terre, (révélées ou pas) au commencement de leur catéchisme recommandent la repentance et enseignent le PARDON.

Pour la repentance, je pense que le candidat a déjà eu l’occasion d’avouer publiquement ses faiblesses (car nous en avons tous) par des larmes en public, signe que dans le cœur de « l’animal politique », existe quand même un cœur qui bat.

Ces larmes, loin de constituer un motif de dénigrement comme semblent s’en délecter les plus médiocres d’entre nous, ressemblent pour moi plutôt à cette noble vertu que ne possèdent que les plus grands et que les chrétiens appellent la contrition. Contrition pour n’avoir pas pu empêcher l’avènement d’une catastrophe alors qu’on était en responsabilité.

Seuls ceux qui n’ont jamais rien fait dans leur vie ou de leur vie peuvent s’enorgueillir d’être sans tâches.

D’autre part, la prière la plus récitée chez les chrétiens est : « pardonne nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés

Ainsi, le salut de l’âme de chacun d’entre nous semble selon l’église catholique intimement lié à la capacité que nous avons-nous-mêmes à pardonner à nos semblables les offenses qui nous ont été faites.

Alors, n’est-il pas arrivé le temps pour les Togolais de pardonner, de se pardonner les uns, les autres  afin d’arrêter de tourner en rond pour enfin démarrer le cheminement vers la construction du pays, notre bien commun ?

Le pardon anoblit celui qui le donne avec sincérité et le libère de cette prison intérieure dans laquelle il s’enferme lui-même par la haine de l’autre.

C’est ainsi que le premier bénéficiaire du pardon que l’on accorde, c’est d’abord soi même.

Mais attention, pardonner ne signifie nullement oublier, car ne le perdons jamais de vue, l’oubli fait relâcher la vigilance et l’attention nécessaires à l’obligation de non répétition à laquelle doit s’astreindre tous les coupables.

Alors, mes chers compatriotes, au nom de quelle foi les Togolais seraient-ils condamnés à perpétuité à cheminer avec les seuls compagnons qu’ils connaissent depuis presqu’un demi siècle et qui se nomment : « pauvreté, impunité et résignation » ?

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