Désobéir à ceux qui nuisent au pays, c’est servir le pays

De la désobéissance en général

Désobéir à ceux qui nuisent au pays, c’est servir le pays

L’obéissance une norme sociale universelle

Obéir, c’est consentir à se plier à une autre volonté que la sienne propre, comme l’enfant obéit à ses parents, le soldat à son chef, le croyant à dieu, le citoyen à la loi. Il y a dans toute forme d’organisation sociale, des relations d’autorité explicites ou implicites. Les grandes institutions et structures sociales (famille, école, armée…) requièrent l’obéissance

Dès son enfance, le petit homme est éduqué à obéir, dans la famille comme à l’école et s’il pratique une religion, l’obéissance lui sera présentée comme la voie de son salut.

Selon le pédopsychiatre Daniel Marcelli, l’obéissance est nécessaire à la construction psychique de l’enfant. A condition que l’on respecte son intégrité et son intelligence. A condition aussi que l’on ne confonde pas obéissance et soumission. L’obéissance dit-il, « est une construction culturelle qui demande aux parents aussi de se contrôler ». C’est de ce contrôle que nait l’obéissance basée sur le respect mutuel et la confiance de l’enfant qui sent que ses parents ne cherchent pas à exercer sur lui, un pouvoir sans limites.

On cherchera vainement une civilisation, une culture, une société ou un pays qui prônerait la désobéissance comme principe général. L’obéissance est une norme sociale universelle à laquelle souscrivent toutes les sociétés, une composante essentielle de l’édifice social, qui pour exister, requiert un système d’autorité et de règles auxquels tous adhèrent et se soumettent. Non sans limites.

Des dangers de l’obéissance ; la soumission.

Selon Stanley Milgram, il existe chez les humains, une propension naturelle de soumission à l’autorité. Une propension à se décharger de sa propre responsabilité, à abdiquer sa propre conscience au profit d’une autorité à laquelle on est censé obéir. Les comportements d’obéissance aveugle peuvent se retrouver dans la vie courante sous diverses formes. Ces conclusions, découlent d’une expérimentation scientifique, et sont corroborées par des épisodes tragiques de l’histoire.

Pour Milgram, tout être possède à la base, une conscience qui endigue avec plus ou moins d’efficacité le flot de ses pulsions destructrices. Mais quand il s’intègre dans une structure organisationnelle, l’individu autonome cède la place à une créature nouvelle privée des barrières dressées par la morale personnelle, libérée de toute inhibition, uniquement préoccupée des sanctions de l’autorité.

Après le procès d’Adolf Eichmann, Hannah Arendt précise que ce dernier avait agi selon la règle. « Il a examiné l’ordre qui lui a été donné du point de vue de sa légalité manifeste c’est à dire de sa régularité. Il n’avait pas besoin d’interroger sa conscience ».

Pour Arendt « Le totalitarisme installe dans la conscience endormie des hommes, le devoir d’obéissance sans limites ». L’expérience de Milgram, (qu’il serait trop long d’exposer ici mais dont chacun peut prendre connaissance sur internet) en a démontré le processus psychologique.

Obéir oui mais sans jamais abdiquer ni sa conscience ni sa morale. Et désobéir aux ordres contraires à la morale, à la justice et à la dignité humaine.

Vers leur 2è année d’existence, les enfants ont une propension à opposer un refus systématique aux propositions qui leur sont faites. C’est, d’après les psychologues de l’enfance, le stade du « non ». L’enfant se construit en passant par l’opposition. Une opposition qui lui permet de trouver ses limites.

Dès lors, on pourrait concevoir que tout commence par le refus, c’est-à-dire la désobéissance. Et que, d’une certaine façon, dire « non », c’est apprendre à s’affirmer, à grandir, c’est une marque d’existence, de dignité et dans certains cas, de survie. Pour un individu, pour un peuple.

De la désobéissance :

On associe la désobéissance populaire à 2 grandes figures de l’histoire contemporaine, le Mahatma Gandhi et le Docteur Martin Luther King. Ces grands hommes ont fait de la désobéissance civile, un moyen de pression de masse sur des pouvoirs établis, en vue de libérer des peuples de l’oppression et de lois injustes.

Gandhi définit la désobéissance civile comme une forme d’adhésion à la vérité. « Sur le plan politique précise-t-il, la lutte en faveur du peuple consiste principalement à s’opposer à l’erreur qui se manifeste dans les lois injustes. Quand vous avez échoué à faire reconnaître son erreur au législateur par le moyen de pétitions ou de méthodes semblables, le seul recours qui vous est laissé si vous ne voulez pas vous résigner à l’erreur consiste à le contraindre par la force physique, ou à souffrir vous-mêmes en provoquant la sanction prévue par la violation de la loi. »

Pour Gandhi, la désobéissance civile est un droit mais surtout pour l’homme libre et responsable, un devoir. « L’esclavage des hommes durera aussi longtemps que durera la superstition selon laquelle ils seraient obligés de se soumettre à des lois injustes »

Lorsqu’une instance législative ou gouvernementale émet des lois injustes ou met en œuvre des politiques d’oppression, c’est le respect de ces lois et la soumission à ces politiques qui constituent une faute et la désobéissance un devoir.

Autrement dit, celui qui se soumet à une loi injuste porte une part de la responsabilité dans cette injustice.

« N’oubliez pas dit Martin Luther King que tout ce que Hitler a fait, était légal». Il entendait justifier par ce constat que la légalité d’un système ne peut justifier qu’il impose à ses citoyens des ordres criminels et qu’il appartient à ses citoyens de désobéir à ces ordres.

Les pouvoirs établis abhorrent la désobéissance

Il nous a été rapporté qu’à tout prendre, la « Communauté internationale » préférait encore le statut quo au désordre et à l’incertitude. En d’autres termes, elle préfère la paix des cimetières, à la justice. Le cynisme, la peur du chaos, la capacité de résignation des institutions, l’emportent sur leur capacité d’indignation et leur sens de la justice. Elles viennent au secours de la victoire des peuples quand celle-ci devient certaine et irréversible. bien souvent, pour s’en approprier indûment le mérite.

Par principe, l’idéologie du pouvoir est une idéologie de l’obéissance. La désobéissance à la loi serait nécessairement un désordre et celui qui désobéit à la loi, un délinquant. Ce principe a fait mettre en prison bien des héros de la cause humaine. Ainsi, pour avoir désobéit aux lois de l’apartheid Nelson Mandela a été emprisonné pendant 3 décennies.

Dans un ordre établi, à fortiori un ordre dictatorial, toute lutte pour la justice sera dénoncée comme un désordre par le pouvoir qui ne manquera pas d’agiter le risque du chaos et de l’anarchie pour effrayer les populations et la communauté internationale.

Il appartient aux citoyens lucides d’aller à l’encontre de l’idéologie qui fonde l’ordre sur l’obéissance à la loi pour lui substituer une philosophie de l’émancipation, qui fonde l’ordre sur la justice. Il leur appartient, nonobstant les injonctions de la communauté internationale de refuser d’être les complices d’un pouvoir illégitime et de renforcer ce dernier par leur propre coopération. La Boétie nous apprend que la domination du tyran ne tient que par le consentement des individus.

La question de la violence

La désobéissance civile de Gandhi et de Martin Luther King est non violente. C’est cette forme de désobéissance que justifie John Rawls dans sa « Théorie de la Justice », « un acte public non violent, contraire à la loi et accompli le plus souvent pour amener un changement dans la loi ou dans la politique d’un gouvernement ».

La désobéissance doit-t-elle aller jusqu’à la violence? Pour Max Weber (qui développe la notion de violence légitime), l’état seul a le monopole de la violence. Mais que faire en face d’un état qui utilise la violence pour se maintenir contre la volonté de son peuple ? Que faire en face d’un pouvoir qui utilise la violence pour perpétuer les injustices et l’oppression?

La légitimité de la violence de l’état ne peut se concevoir que lorsque l’état œuvre pour l’intérêt général. Dans le cas contraire, cette violence de l’état s’apparente à un terrorisme d’état ; ce qui justifierait qu’on s’oppose à l’état qui terrorise son propre peuple.

Par exemple la violence contre le régime de l’apartheid est un acte de résistance dont les auteurs sont regardés aujourd’hui comme des héros, alors que du temps de l’apartheid c’étaient des terroristes que l’on assassinait et que l’on jetait en prison.

Dans une démocratie où l’on peut se manifester par le bulletin de vote dans le cadre d’élections transparentes et équitables pour faire valoir ses vues, la même violence exercée par un citoyen mécontent devient un acte répréhensible.

Face à Max Weber, nous soutenons qu’il n’y a pas de violence légitime en soi. C’est l’intention et la motivation qui sont légitimes. Elles seules peuvent légitimer la violence dans certains contextes.

En définitive, la visée du citoyen lucide n’est ni l’obéissance ni la désobéissance. C’est sa conscience, sa responsabilité éthique qui doivent le conduire en fonction du contexte à choisir ce qui a le plus de chances de favoriser la justice la dignité et la liberté dans la société.

C’est à l’aune de cette responsabilité qu’il obéira ou désobéira aux pouvoirs établis et qu’il les combattra par tous les moyens dans leurs excès.

Tout pouvoir qui demande l’obéissance, doit, pour la mériter, privilégier l’intérêt général et s’imposer des devoirs et des interdits éthiques (ne pas opprimer, ne pas truquer les élections, ne pas torturer, ne pas emprisonner arbitrairement, ne pas spolier, ne pas humilier, ne pas terroriser…). Dans ce cas, respectueux de la légalité le citoyen lucide obéira. A contrario, un pouvoir qui ne respecterait pas ces préceptes ne mérite pas qu’on le respecte, encore moins qu’on lui obéisse. Face à un tel pouvoir, le citoyen lucide a le devoir de désobéir. Face à un tel pouvoir, s’oppose la sentence de La Boétie « Obéir c’est trahir ; désobéir c’est servir ».

Théo  Agopomé

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