Partis politiques au Togo, quelle légitimité?

Introduction : Un parti politique, parce qu’il s’inscrit d’emblée dans une démarche partisane, existe en-soi tant qu’il se différencie par son partisanisme, lequel est dans son histoire, son leadership issu de cette histoire, son cadre politique et éthique, ses contradictions réglées ou non, ses succès et ses échecs dans sa construction et son engagement à conquérir le pouvoir, l’exercer et le conserver le plus longtemps possible. Cette nature des partis politiques est commandée par l’exigence tout aussi naturelle de travailler pour le souverain bien auquel aspire l’animal politique que nous sommes : produire du bonheur, le partager, l’amplifier et l’inscrire dans notre quotidien, autant que possible au lieu de l’état de guerre de tous contre tous. La guerre permanente contre les partis politiques au Togo est un frein à l’épanouissement et tant que les partis et leurs personnels en sont vecteurs, les combattre revient à cultiver le contre-pied de l’état de bonheur. Alors ceux qui cherchent le pouvoir absolu et « faire durer le plaisir » le plus longtemps possible en s’éternisant à la tête du pays et des institutions ont trouvé quelques subterfuges qui semblent produire des effets convenables pour eux : ainsi prolifèrent au Togo les «  nouvelles églises », les organisations de la société civile, les messianismes de toutes sortes et les réflexes unitaires dont la forme la plus avérée est le clanisme tribal avec son avatar « Togolais du Nord, Togolais du Sud » aujourd’hui enfin dépassé.

A défaut, on fait proliférer les partis politiques dont certains relèvent de la pure fiction, à dessein de les banaliser et tuer dans l’œuf la construction du sujet politique moderne : le citoyen-savant que je plaide. Cette dérive est dans la continuité de représentation d’idéologies anciennes et des usages typiques de la dictature au Togo.

Représentations anciennes telles qu’on pourra l’identifier dans l’histoire politique des Etats-Unis à la fin du XIX° siècle dans la trame desquelles les standards de la démocratie fondée sur la légitimité des partis s’est beaucoup érodée, la participation à la vie des partis étant réduit à une technique de think-tank qui tourne le dos aux fondamentaux de l’identité des partis : former des membres aux pratiques politiques démocratique, former idéologiquement les partisans et faire participer à l’élaboration d’un programme d’action.

Tel est souvent ce sur quoi se basent les vrais partis politiques qui travaillent en république à l’émancipation et aux libertés et à ce titre je citerai la SFIO et le PCF, partis de France qui par ailleurs sont à différencier des partis conservateurs français en perpétuelle mutation, dans lesquels on infuse un esprit anti-partisan. Pour affaiblir dans l’identité politique moderne de la France cette dynamique, de nombreuses voix proclament que les partis politiques ne sont plus des machines électorales détachées du réel et des citoyens d’où il conviendrait de constamment crier haro sur eux au profit d’organisations « mouvementistes »1 qui elles, ne sont pas moins des machines à gagner des élections pour le pouvoir au sommet de l’état. D’après moi, LRM de Emmanuel Macron en est, confusément mouvement puis parti politique en l’espace de quelques jours, on aura remarqué l’artifice. Le RPT créé en août 1969 au Togo se voulait ostensiblement un mouvement et non pas un parti en négation absolue des partis préexistants et qui sont restés les leviers de l’opposition à cette machine de guerre de Etienne Eyadéma pendant plus de 20ans, la même qui prolonge son agonie par le parti UNIR !

L’existence de partis politiques structurés, actifs, légitimes et émancipateurs pose problème aux tenants de l’ordre militaro-clanique pour qui le fait partisan serait un facteur de division, de facto un levier de division de la nation. Dès lors on y travaille activement depuis 1969 à créer des partis anti-partis dont le premier du genre est le RPT, parti unique de 1969 à 1989.

Ce dernier dans son hostilité épidermique des partis, se proclame creuset national et n’admit de représentation de l’avenir des Togolais qu’au travers d’usages populistes et de slogans qui se veulent d’orientation idéologiques comme le « new deal, l’authenticité », toutes idées vagues venues souvent d’ailleurs par mimétisme, faisant glisser le pays vers les abîmes d’aujourd’hui.

Les Togolais s’en étonnent analysent « ….En effet, depuis le top départ du multipartisme, les Togolais se sont lancés dans une véritable course effrénée ─celle de Carl Lewis ou de Usain Bolt, j’ignore encore pour l’instant─ pour la création des partis d’opposition. Il en pousse encore aujourd’hui comme des champignons……..Cent onze (111) partis politiques, dont le dernier né, le DSK, pardon DSA, Les Démocrates Socialistes Africains du député de Dankpen, Targone Sambrini, se partagent la scène politique togolaise. Mais pour quels résultats ? Cent onze (111) partis pour sept (07) millions d’âmes au Togo. Alors Donald Trump et les siens sont des paresseux aux Etats-Unis………Sinon les partis, vous en créerez encore et encore et dès que vous aurez fini d’en créer, il en restera un qui demeurera assis là : le RPT-UNIR. Que seront donc vos efforts ? Messieurs les opposants, aujourd’hui, j’ai envie de vous dire tout haut ce que le peuple pense si bas : « On commence par être fatigué de vous ». Quelqu’un dira par contre que l’effectif pléthorique ou la pluralité des partis ne devait en principe être un frein pour la réalisation de l’alternance au Togo…..Ici, comprenons-nous seulement une seule chose, la plupart des opposants togolais sont plutôt guidés par des intérêts sordides et inavoués, loin des profondes aspirations du peuple. Pour preuve, j’en connais un qui est devenu très riche au sortir de la présidentielle de 2015. Ses actions, ne sont désormais que des publications sporadiques sur le net. Ces individus ont donc des agendas cachés et se servent impitoyablement du peuple pour parvenir à leurs objectifs…. ». En quelques invectives, Sylvestre Kokou Beni, journaliste indépendant nous met sous le regard quelques traits constitutifs du faux pluralisme politique togolais et de la vacuité des parti-cules qui eux, sont effectivement et souvent dans un autre agenda que le développement d’une citoyenneté moderne.2

De la floraison des partis politiques dits démocratiques de nos jours, beaucoup de formations initiées, financées, contrôlées et animées par les tenants de l’ordre dictatorial et conservateurs sont des partis anti-partis qui obstruent volontairement l’horizon. A la question traitée par Beni Sylvestre, à savoir la problématique de l’impact de pléthore de partis dans la perspective de l’alternance, sa réponse est la suivante : « .. Quelqu’un dira par contre que l’effectif pléthorique ou la pluralité des partis ne devait en principe être un frein pour la réalisation de l’alternance au Togo. Je partagerai cet avis, sauf que je voudrais aussi ajouter un bémol et fais observer cette pensée du Charles Blé Goudé dans son ouvrage De l’enfer, je reviendrai. Il dit : « Un combat avec beaucoup de leaders, échoue naturellement ».3

Regardez seulement les scènes obscènes, les guéguerres implacables que se livre l’opposition togolaise entre elle et vous comprendrez bien les choses. Chacun prêche pour sa chapelle. Pendant ce temps, l’adversaire politique commun se frotte les mains

Les partis politiques depuis plus d’un siècle et demi, ont servi à donner du contenu, des outils, des acteurs, une légitimité et de l’attraction en matière de citoyenneté, renouant avec un passé lointain. L’adhésion partisane, si on peut désigner ainsi l’engagement dans un parti politique, est a priori un acte de liberté individuelle sauf quand l’effusion des dictature fait coïncider la naissance et l’appartenance nationale à un parti encadrant de force, tel fut le cas de l’appartenance automatique des Togolais à un parti dit unique au service d’un projet irrationnel : former un creuset national comme si la nation était l’œuvre à pas forcé d’un parti éphémère et non plus l’œuvre de longue haleine de l’histoire. C’est le cas pour moi de rappeler ce qu’est et à quoi sert un parti politique.

NB : N’étant pas un acteur politique engagé dans la lutte pour le pouvoir ou pour les droits au Togo, j’ai interrogé Amorin Alexandre sur les aspects caractéristiques de la question togolaise. La difficulté à faire bouger les lignes sous l’impulsion des débats d’idées qu’alimentent en principe les partis politiques dont il existerait une centaine au Togo. Les réponses aux questions faites par mon interlocuteur, éclairages pertinents bien souvent, figurent en encadré à la fin des parties ici développées.

Cette première approche met en perspective comme pour introduire le sujet que je développe en 6 thèses à venir. Mon intention est de contribuer au débat citoyen sain et que désormais, on prenne sur soi de ne point vilipender les partis politiques togolais pour les charger d’incapacité. Celle-ci est d’un système politique de parti unique qui a du mal à épouser les contours modernes du siècle.

1 On pourra attribuer ce qualification aux mouvements d’occupation des places non organisés par un parti ou un syndicat, porté par un tissu de sentiments et d’émotions populaires. « …Dénonçant un système qui ne répond plus à leurs attentes et par lequel ils ne se sentent plus représentés, ils expriment un divorce entre citoyens et élites politiques. Ils ne rejettent cependant pas toujours le principe de la représentation politique, mais ses modalités d’exercice : ils engagent à cesser la professionnalisation de la politique, interdire le cumul, raccourcir le nombre de mandats, renouveler la classe politique, ouvrir la fonction au plus grand nombre… Une des revendications de “Occupy Central” à Hong Kong consiste par exemple à organiser un “référendum citoyen”, hors des autorités officielles, pour laisser le peuple choisir le mode de désignation des candidats à l’élection du chef de l’exécutif en 2017… L’action politique de ces mouvements se situe ainsi, …. en dehors de toute conversion partisane, mais s’incarne par d’autres biais : influence sur les enjeux du débat public…. » cf Camille Renard in https://www.franceculture.fr/politique/carte-parti-mouvementiste-indign%C3%A9s

2 Cf Chronique de Sylvestre Beni : La pluralité des partis, un frein à l’alternance ? in http://news.icilome.com/?idnews=836408&t=chronique-de-sylvestre-beni–la-pluralite-des-partis,-un-frein-a-l-alternance-

3 idem

 

(Emmanuel Isidore Bocco)-

 

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