Togo: L’énergie, la nouvelle vache à lait d’un pouvoir aux abois

LIBRE OPINION

Le Togo a organisé une table ronde pour boucler plus de 300 millions de dollars en faveur du secteur de l’électricité. Les fonds devraient financer un programme d’électrification du pays, établi sur deux phases devant porter le taux de couverture du pays respectivement de 50% en 2020 à 100% en 2030.

Mauvaise gestion chronique de la société d’énergie

Lors du vote du budget de l’année 2016 par les députés du groupe UNIR, les débats ont tourné autour de l’état des finances de certaines sociétés  dont la CEET, cette société qui a le monopole de la commercialisation de l’énergie électrique au Togo. Selon le commissaire du gouvernement, la compagnie a une dette de 38 milliards de francs CFA envers ses fournisseurs. Il poursuit en affirmant, documents à l’appui, que la CEET a perdu, en 2015, sept milliards de FCFA et selon les résultats prévisionnels déficitaires en 2016, elle ne pourra pas apporter sa contribution au budget de l’Etat au titre des prévisions de dividendes…

Et pourtant, le citoyen togolais est le plus mal loti de la région. Pour information, la CEET rachète son énergie auprès de la CEB, un des principaux fournisseurs, au prix de 12 F CFA (chiffres de janvier 2002). Le prix du Kwh (en 2012) pour les tranches sociales (1) est de 86F CFA (limitée à 200KWH), de 114F CFA pour la tranche 2 et 120 pour la tranche 3. En dehors du prix élevé du Kwh (le plus cher de la sous-région), le ménage togolais doit contribuer à l’effort global en matière d’éclairage public et maintenance du réseau. La facture classique comprend notamment:

  • Le prix de la redevance puissance (9900F CFAF CFA par mois pour 6,6 KVA;
  • la location du compteur (500F CFA par mois;
  • l’entretien du branchement (500F CFA par mois);
  • la participation à l’éclairage public (288 CFA par mois)
  • le branchement (114.023F CFA).

Une maison laissée inoccupée coûtera donc à son propriétaire un minimum de 13.150 Francs cfa en électricité tous les mois ou 157.800 CFA pour une année (une espèce de taxe déguisée sur la propriété). Si l’on rajoute le forfait de raccordement aux services de base comme l’eau et le téléphone, on se demande si la diaspora a encore un intérêt à construire au pays pour ses vacances tous les 3 ou 4 ans.

Mais il est assez normal que l’on parle de déficit malgré ces recettes en apparence élevées, lorsque:

  • certains barons sont exemptés pour services rendus (exemple les anciens cadres de la CEET/CEB, les ministres et proches du parti UNIR…;
  • la dette de l’administration envers la CEET s’élève (Septembre 2015) à quelques 17 milliards de FCFA dont plus de 16 milliards de FCFA de factures impayées d’énergie et de travaux;
  • un tapis rouge est dressé à certains fournisseurs comme Contour Global qui facture 250 FCA un service revendu 140 en moyenne par la CEET.

Un balet diplomatique est engagé pour charmer les gouvernements et banques étrangers. Nous nous posons une question très simple: Comment l’Etat toolais compte-t-il rembourser?

Place à l’endettement

En pleine crise socio-politique dans le pays, une table ronde de bailleurs de fonds et d’investisseurs s’est ouverte le 25 juin 2018 à Lomé afin de permettre au Togo de boucler un budget de 318 millions de dollars nécessaires à la réalisation de la première phase de sa nouvelle stratégie d’électrification du pays pour la période 2018-2020. Cette phase dite de démonstration doit porter le taux d’électrification de 40% à 50%. Elle serait éventuellement suivie d’une phase d’accélération 2021-2025 à l’issue de laquelle le taux d’électrification atteindra 75%, puis d’une phase de consolidation 2026-2030 qui portera ce taux à 100%. Élaborée par le ministère des Mines et de l’Energie, la nouvelle stratégie d’électrification du Togo permettrait de parvenir à l’électricité pour tous d’ici 2030.

Fidèle à son habitude, l’Etat togolais ne dit rien de sa participation, attendant probablement une subvention, un prêt ou un rachat du projet par un industriel occidental, en échange d’un soutien en 2020. Qu’est-ce que 318 millions de notre monnaie de singe pour un groupe comme Bolloré?

Le pari du “mix énergétique”

La manifestation qui s’est déroulée du 27 au 28 juin a été présidée par le Premier ministre Togolais Komi Selom Klassou. Elle a été organisée avec l’appui de l’agence allemande de coopération internationale GIZ, de la Banque mondiale et de la Société financière internationale (SFI). Des majors du secteur de l’énergie, dont EDF Energies Nouvelles, Engie, Siemens, Green Light Planet, Mekta, Bboxx, Fenix International et Sunna Design, ont également été invités à cette rencontre à Lomé au côté des acteurs locaux et sous régionaux. Pour rendre effectif son projet d’électricité pour tous, le Togo est en quête de 1,7 milliard de dollars dans les 12 prochains mois, dont un apport de 50% du secteur privé. Les autorités de Lomé veulent également miser sur les énergies renouvelables vertes dans cette stratégie, en procédant notamment à une combinaison de l’extension du réseau et des innovations par l’installation de kits solaires et de mini-centrales solaires, tout en impliquant les acteurs du secteur privé.

Cet alibi du solaire…

Un petit malin du parti au pouvoir a vu en l’accord de Paris (COP21) une manne et une solution pour les problèmes du pays. Ils se sont précipités dans des programmes d’énergie solaire avec des dossiers d’électrification villageoise subventionnée par les donateurs écolo de l’étranger. L’initiative est bonne à première vue. Mais quelle ne fut notre surprise de constater sur le terrain une pratique toute différente.

L’un des projets financés pour le compte du Togo comprend la fourniture gratuite de lampadaires solaires pour les espaces publics non alimentés. Après une demande régulièrement introduites, nous avons été contacté par un employé de la CEET qui propose le service à différents tarifs, suivant le modèle d’installation choisi. Le menu commence à 200.000 CFA…

Comme pour les colis alimentaires il y a un certain temps, Faure revend les lampes que les bailleurs de fonds lui donnent pour aider son pays. A quoi sert-il de prêter de l’argent à un régime qui n’honore pas ses engagements les plus élémentaires?

Paris, le 1er juillet 2018

Ehuzu Daniel

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