Togolisation de l’environnement médiatique français

La France en passe d’être colonisée par le Togo? Ce n’est pas une fiction; la HAAC du Togo semble avoir inspiré les autorités de régulation en France qui ferment les yeux sur les abus de pouvoir du groupe Bolloré depuis plusieurs années.

“La liberté éditoriale est entravée et censurée”

Au cours d’un entretien avec Anne-Elisabeth Lemoine et Patrick Cohen, Jean-Baptiste Rivoire a tenu à pointer du doigt l’impunité de Vincent Bolloré. “Il y a une formidable bienveillance à son égard, notamment en France depuis plusieurs années. Je considère qu’il a pris le contrôle d’une télévision nationale dans laquelle il viole en permanence la loi de 86 qui prévoit que les intérêts d’un actionnaire ne doivent pas venir entraver la ligne éditoriale”, a lancé le rédacteur en chef de Canal+, ajoutant : “Ce qu’on vit à Canal depuis 2015 en permanence, c’est que la liberté éditoriale est entravée, censurée par un actionnaire qui mélange ses intérêts de business en Afrique et ailleurs, avec la liberté des journalistes.”

Il est ensuite revenu sur la “censure” d’un sujet sur le Togo fin 2017 dans “L’Effet Papillon”, qui “racontait qu’il y avait des manifestants furieux contre le dictateur”. “Comme ça ne suffisait pas, la direction de Canal nommée par Vincent Bolloré a fait diffuser à l’antenne un publi-reportage pour nous expliquer que le Togo est un modèle de stabilité politique. On va être clair. Vincent Bolloré fait de Canal, par moment, un instrument de propagande et dans une totale impunité !”, a lâché Jean-Baptiste Rivoire, pointant du doigt les autorités de régulation de l’audiovisuel : “Qu’a fait le CSA ? Est-ce que vous l’avez entendu réagir ? Rien ! Que font les autorités en France ? Rien !” Le journaliste a conclu en affirmant qu’il “essaye de faire son travail sur cette chaîne depuis trois ans” et que “c’est devenu franchement compliqué”.

Un demi-frère du président chez Havas Togo

Mais selon des documents dont la teneur a été révélée le 27 avril par le quotidien français Le Monde, les enquêteurs français sont intrigués par la « sous-facturation des prestations » de la campagne électorale du président togolais. Estimées à 800 000 euros, celles-ci auraient pourtant été facturées seulement 100 000 euros, sur « instructions données par Vincent Bolloré et Gilles Alix ».

Le 24 mai 2010, deux mois après la victoire aux élections présidentielles de Faure Gnassingbé (avec 60,92 % des voix), un avenant au contrat de concession portuaire a été signé, « portant entre autres sur la construction d’un troisième quai » par Africa Bolloré Logistics.

En juillet 2011, Patrick Kodjovi Senam Bolouvi, un demi-frère du président (il est le fils de la mère de Faure Gnassingbé, Séna Sabine Mensah), était quant à lui nommé directeur de Havas Média Togo. Ce cadre inconnu intrigue et agace en interne, selon plusieurs correspondances saisies par les enquêteurs, car il ne fait pas grand-chose, « refuse d’aller à la mine », ne répond ni aux courriels ni aux appels. Entre son salaire (5 200 euros par mois), sa voiture, son loyer, ses déplacements, M. Bolouvi coûte 8 500 euros par mois. Très introduit à la GLNT, il est le « directeur-pays le plus cher dans un petit marché » sui n’a apporté aucun client à Havas Media Togo dont les pertes préoccupent les responsables du groupe.

Tous ces d’éléments seraient susceptibles, pour la justice française, de constituer des contreparties constitutives de faits de corruption.

L’empire Bollo contre attaque.

Vincent Bolloré passe à la contre-offensive médiatique… mais pas via l’un des médias qu’il possède. Mis en examen ce mercredi pour “corruption d’agent public étranger”, “complicité d’abus de confiance” et “faux et usage de faux” dans le cadre d’une enquête sur des soupçons de corruption dans l’obtention de concessions portuaires en Afrique, l’homme d’affaires d’origine bretonne se fend aujourd’hui d’une tribune dans “Le Journal du dimanche”, possession d’Arnaud Lagardère, autre tycoon des médias français.

Dans sa tribune, Vincent Bolloré se défend de toute tentative de corruption, via notamment l’utilisation des services d’Havas, filiale de communication du groupe Vivendi. “Comment imaginer que des dépenses de communication de quelques centaines de milliers d’euros comptabilisées en toute transparence avec un groupe de communication de taille et de réputation mondiale, aient déterminé des investissements de centaines de millions d’euros pour des opérations portuaires (ayant fait l’objet) d’appels d’offres internationaux ?” écrit le milliardaire qui rappelle que ces opérations ont été réalisés “dans un cas, deux ans, dans l’autre, neuf ans avant les élections de personnalités présumées corrompues”.

Nous sommes dans un grossier remake de l’épisode V de StarWars sous forme d’une tragi-comédie. Des centaines de milliers de personnes sont dans les rues au Togo depuis quelques mois pour dénoncer des abus de ce genre. .. Mais la procédure est longue et peut durer jusque 10 ans en France, le temps de cacher quelques gros cadavres.

 

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