L’alternance au togo: une nécessité pour la diaspora

Faire revenir les compétences de la diaspora au pays, le grand défi

Robert Dussey doit éprouver une certaine fierté personnelle pour avoir relevé le pari d’un certain rapprochement avec la diaspora avec l’assistance du compatriote A. Gbekobu. Les motivations de l’initiative sont, au départ, suffisamment nobles. Mais cette réussite clamée constitue au même moment un défi pour le pouvoir Faure Gnassingbé. Ce défi, c’est d’arriver à ramener définitivement au Togo toutes ces têtes bien faites qui font le bonheur de leur pays d’adoption. Et cela passe par des actes forts au-delà du folklore. Est-ce réellement la compétence des “Affaires étrangères”? La question mérite d’être posée au moment où le programme Diaspora  semble avoir comme du plomb dans l’aile…

Lorsqu’on considère les conditions de départ de ces compatriotes estimés à plus de deux millions disséminés un peu partout dans le monde…

On constate que la plupart ont en fait fui les persécutions au moment des périodes troubles connues par le pays, notamment les années 90. Ils se sont donc exilés pour échapper aux sévices du pouvoir Eyadema à l’époque. La seconde vague marquante a été notée au lendemain des violences politiques de 2005 ayant coûté la vie à un millier de Togolais et causé la blessure de plus de 5000 autres. Ils étaient plus de 60 000 à franchir les frontières et la plupart sont restés à l’étranger. L’autre catégorie de Togolais à émigrer est le lot des exilés économiques. C’est à la recherche d’un mieux-être que les gouvernants togolais ne sont pas arrivés à leur procurer qu’ils ont traversé les frontières pour aller le chercher ailleurs ; et la plupart ont réussi à l’avoir, au prix de mille sacrifices. Il est évident que les discours ne suffiront pas à convaincre tous ces compatriotes qui sont arrivés à se faire des noms, de revenir au pays.

L’alternance au pouvoir serait un bon catalyseur pour un retour en masse de ces compatriotes.

Avec un changement de régime, on n’aura plus besoin de quémander leur retour au pays et leurs investissements dans son développement. La plupart, notamment ceux qui avaient fui les persécutions politiques n’auront plus peur pour leur vie ou leur intégrité physique. A défaut, le pouvoir Faure Gnassingbé peut bien appâter la diaspora pour peu que la volonté politique existe. Ce ne sera pas par la suppression de visas d’entrée au pays ou la délivrance rapide de passeports ou autres pièces.

On l’a suffisamment relevé dans des articles, le droit de vote refusé depuis des décennies aux compatriotes de l’extérieur constitue un blocage à leur plein investissement dans le développement du pays. Ils envoient suffisamment d’argent déjà au Togo, et les statistiques le démontrent. La concession du droit de vote serait une sorte de reconnaissance par l’Etat de leurs efforts et ne ferait que booster leur ego. Et ce droit, la plupart des pays africains l’ont accordé à leur diaspora. Mais lorsqu’on en déshérite la diaspora togolaise à cause des calculs politiciens – les Togolais de l’extérieur sont à tort ou à raison considérés comme des opposants, et leur accorder le droit de vote pour le régime, c’est comme apporter des milliers ou millions de voix en plus à l’opposition -, qu’on ne s’attende pas à son retour en masse au pays ou à son investissement total dans le développement du pays.

La gouvernance faite au Togo sous Faure Gnassingbé constitue l’autre facteur répulsif, aussi bien sur le plan politique qu’économique ou social. Le fonctionnement anormal des institutions de la République, l’exemple de la Justice est un cas palpable. Lorsque la Justice est instrumentalisée, et pour un oui ou un non, on peut la mettre à contribution et chasser des investisseurs, ce n’est pas une bonne publicité pour le pays. Les dossiers Togo Electricité, Hotel Sarakawa et autres sont illustratifs. Dans ce même registre, le harcèlement des opérateurs économiques fait par le pouvoir avec le cache-sexe nommé OTR (Office togolais des recettes) nuit gravement au pays. Elles sont nombreuses, les sociétés à avoir fermé les portes à cause du marquage de l’Otr. La Brasserie BB Lomé, l’Hotel Eda Oba, etc. sont marquées à la culotte.

Le conditionnement politique des compatriotes fait par le pouvoir est une pratique nuisible. C’est un secret de Polichinelle qu’au Togo sous Faure Gnassingbé, pour réussir dans les affaires, il faut forcément être coloré Unir (Union pour la République). Au cas échéant, bonjour les mésaventures. Les rares compatriotes de la diaspora revenus au pays et qui réussissent (sic) dans les affaires ne le doivent qu’à leur militantisme, ou du moins à la protection de barons du pouvoir. Cette pratique n’est pas pour encourager la diaspora à revenir au pays.

Un autre fléau dont il faudra se départir, c’est le gangstérisme d’Etat ou le détournement de projets.

On se rappelle, et nous l’avions relevé dans nos colonnes…

Un Togolais revenu de l’extérieur qui a créé une société de location de véhicule au niveau du camp d’Adidogomé a été contraint de fermer boutique, à cause des persécutions d’un haut galonné de l’armée sous des prétextes fallacieux.

Un autre avait vu son projet de taxi-pub simplement arraché. Il s’agit d’Albert Kate, président de la diaspora togolaise aux USA et Directeur de la société Via Home International. Il a été astreint à des autorisations fantaisistes et autres formalités qui l’ont simplement poussé à jeter l’éponge. C’est le jour où il allait signer un contrat avec Togocel, le 20 février 2013, qu’il a été envoyé des forces de l’ordre pour traquer les taxis-pub qu’il a avait mis en circulation. Et comme par enchantement, ce sont des insignes de la société de téléphonie mobile que l’on voit sur certains taxis circulant en ville. De là à dire que le projet lui a été arraché, le pas est vite franchi.

« (…) On nous a interdit de circuler le 20 février 2013 pour faute de nouvelle ou autorisation additionnelle injustifiée. Les arguments avancés semblaient légitimes et maintenant tout porte à croire que c’était juste pour donner le temps à un protégé de prendre notre place. Le 21 février, nous avions déposé la demande d’autorisation à la mairie de Lomé et dans les deux autres ministères et nous ne sommes pas autorisés à circuler après 8 mois. Notre usurpateur ou concurrent ou l’autre société qui circule maintenant entre en jeu et dépose sa demande le 18 mars 2013. Quel hasard ! Et encore, la mairie de Lomé lui délivre l’autorisation de circuler sans conditions le 24 mars 2013 (4 jours après, signée par Monsieur le Maire). L’autre de surcroît gagne tout le temps pour commander les enseignes, prend notre contrat Togocel et circule librement sous les yeux fermés du ministère de la Sécurité et du ministère des Transports qui ont des policiers dehors tous les jours…

C’est simple, il faut l’avouer, les autorités du gouvernement ont failli, le Maire Fogan Adegnon de la ville de Lomé a facilité l’injustice. “Togocel étant notre premier témoin et client, pourrait deviner que si le premier prestataire ou l’initiateur n’a pas l’autorisation et quelqu’un d’autre l’a en main, c’est que c’est louche. Tout le monde a fermé les yeux sur toute la ligne”, avait pesté Albert Kate dans une interview accordée à Info Diaspo et relayée à l’époque par icilome.

Tout ce détour pour montrer que les « mesurettes » et discours ne feront pas ramener tous ces talents togolais perdus dans la diaspora. Le changement de gouvernance et les actes forts sont nécessaires. Et tout est question de volonté politique. Existe-t-elle ? A chacun de répondre.

Source : [13/01/2015] Tino Kossi, Liberté N°2109

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *