Février 15: Le dialogue des sourds et du muet

LIBRE OPINION

Les acteurs politiques (pouvoir et opposition) se préparent à aller à un dialogue qui a toujours un peu de plomb dans les ailes. Un communiqué rendu public par les deux ministres guinéen et Ghanéen, Tibou Kamara et Albert Kan-Dapaah, dépêchés à Lomé par leurs présidents respectifs fixe la date du 15 février pour le début des rencontre.

Selon les termes de ce communiqué, il n’ y aurait pas de réponse aux préalables de l’opposition et la société civile togolaise à laquelle on demande par contre la suspension des marches de contestation. La diaspora, quant à elle, est simplement exclue.

Du bon usage des termes

Donc, à moins d’une surprise de dernière minute, le 15 février prochain, les différents protagonistes de la longue crise togolaise vont se retrouver autour d’une table de dialogue, en présence du médiateur et facilitateur ou de leurs représentants. La question sur toutes les lèvres: Faure sera-t-il présent aux réunions?

C’est ici que les termes commencent à prendrre toute leur importance et que la population togolaise est en passe, une fois encore, de se faire entuber.

Tirant son origine du mot latin dialŏgus qui, à son tour, dérive d’un concept grec, un dialogue est une conversation entre deux ou plusieurs personnes qui manifestent leurs idées ou affections de façon alternative. En ce sens, un dialogue est aussi une discussion ou des échanges pour arriver à une entente.

Le dialogue se définit comme un échange de paroles, un entretien entre deux ou plusieurs personnes appelées interlocuteurs (en grec, dia et logos signifient respectivement « entre » et « parole »). Le dialogue est donc l’ensemble de paroles qu’échangent les personnages. Ses fonctions principales sont l’information et le partage d’avis sur une situation ou un contexte. En terme strict, le dialogue est un entretien entre deux personnes dans le but “éventuel” d’un accord ou une entente.

Les pièges du dialogue togolais

Le dialogue, dans son essence, peut être aussi bien une conversation aimable qu’une discussion violente. Toutefois, il est dit que le dialogue est un échange d’idées où sont acceptées les pensées de l’interlocuteur et les participants sont disposés à changer leurs propres points de vue. C’est la raison pour laquelle il existe un consensus sur le besoin de dialoguer, quel que soit le contexte : le domaine de la politique en est un  exemple assez fréquent.

Contradictions: Les personnes qui ont soif de pouvoir et les autoritaires tendent à négliger voire exclure le dialogue, étant donné qu’elles veulent à tout prix que leur vérité soit la seule à compter et qu’elles discréditent les opinions des adversaires dans le but de renforcer leur domaine. Dans le cas du Togo, Faure Essozimna est déjà déclaré forfait par son porte parole Trimua parce que placé soudain “au-dessus des institutions”. Nous disions, dans une publication précédente [Lire], que ce détachement (ce mépris) a été l’une des causes de l’échec de la conférence Nationale du Togo. Faure a SA vérité et tient à tout prix à l’imposer au reste de la population. Exemple: Papa est le père de la Nation et je suis son héritier.

Manipulation de l’opinion: Le dialogue authentique essaye de rechercher la vérité et d’encourager l’action sans préjugés, contrairement à la rhétorique qui cherche à persuader et à convaincre tout en manipulant l’opinion. Nous avons relevé de nombreuses tentatives de manipulation des faits ces derniers temps dans le chef du parti au pouvoir:

  • Les rapports envoyés par le régime au pouvoir, faisant de l’un des contradicteurs, Tikpi Atchadam, un élément de l’extrémisme islamiste;
  •  l’utilisation des fonds et des moyens d’états pour tenter de créer une nouvelle réalité sociale au Togo (soudaines inauguration de marchés, de puits et de fontaines d’eau, de salles de cinema…);
  •  des rapports contradictoires sur les productions minières au Togo;
  • les marches de soutien à un pouvoir aux abois, avec la présence effective et obligatoire des agents de l’administration publique.

Des participants non représentatifs: Comment peut-on prétendre dialoguer avec Mr Trimua ou même Bawara qui ne savent pas parler sans gueuler, ou encore le jeune Natchaba qui n’a aucune expérience du terrain? Ils ne sont même pas mandatés pour prendre des décisions sans en référer aux supérieurs… et à l’armée. Ils ont leurs idées bien arrêtées et ont une seule crainte: la perte du poste et du pouvoir politique. Le véritable interlocuteur (national) quant à lui, refuse de parler. Peut-être ne sait-il pas s’exprimer de façon autonome…

Rapport de force défavorable et absence de collaboration

Le démarrage normal du processus d’élaboration d’une politique comprend une analyse par les parties prenantes de questions relatives à celle-ci au niveaux local, régional et national. Le problème majeur du Togo est l’armée et des militaires aux ordres d’une certaine équipe qui exploite le pays. Comment un atelier “civil” ou étranger pourrait-il associer ou impliquer ce corps dans un dialogue quelconque sans blocage? Ces ateliers sont pourtant recommandés pour identifier les obstacles auxquels se heurtent les communautés locales, et fournir l’opportunité aux participants de suggérer des moyens pour les surmonter. Sans ces préalables, le dialogue est biaisé, dès le départ.

Le consensus est une conclusion éventuelle et non une contrainte à un dialogue. Les palestiniens et les Israéliens dialoguent depuis une génération sans trouver de terrain d’entente. Une des raisons du blocage est, là aussi le déséquilibre des forces en présence. La partie présidentielle peut très bien signer un protocole d’accord pour ensuite prétendre qu’il a été foulé des pieds par leur hiérarchie militaire. On a déjà vu dans ce pays l’armée sortir des blindés pour tirer sur un premier ministre issue de la conférence Nationale.

Dialogue ou négociation? Certains observateurs éclairés de la situation togolaise vont alors parler de négociation. Ce second terme a l’avantage d’introduire une obligation de résultat, un consensus. Mais le changement de termes ne règle pas la question des forces en présence (militaires et financières). Même les négociateurs sont sous contrôle, menacés par la puissance coloniale et le pouvoir togolais; Ouatara parlera de papa Eyadèma, le père fondateur de la CEDEAO avec une certaine émotion coupable. Fort de sa puissance, le gouvernement en place se cache derrière une pseudo légitimité pour refuser d’aborder certains sujets sensibles… La négociation est donc dans l’impasse.

Vers une intifada à la togolaise?

La rue est-elle LA solution à la crise togolaise? Nous pensons que non. La population togolaise a faim et elle finira pas lâcher, comme en 1993 (une grève générale illimitée qui est toujours en cours).

La population togolaise commence à ouvrir les yeux, les langues se délient doucement et les prédateurs du pays sont identifiés. Nous risquons d’assister dans les prochaines années, si la crise perdure, à une atteinte progressive aux intérêts ciblés de ces groupes de carnassiers. Nous pensons que le régime en place l’a bien compris; la preuve en est la sécurocratie à outrance autour de ses intérêts stratégiques dans le pays: usage de véhicules blindés, gardes armés, barricades de 4 mètres de haut, déplacements limités, boîte de nuit privée… lorsque le président béninois à côté se déplace avec 2 gardes du corps pour se rendre à l’église ou emprunte la voie terrestre pour ses déplacement au Togo.

Le combat véritable contre le système devra passer par une remise en question des intérêts de ces barons (blancs et noirs) qui pillent le pays. Le problème est que ce conflit sera alors irréversible et sans pardon; les enfants de Gnassingbe, de Bolloré et Debbasch n’auront alors plus de paix dans ce monde…

Conclusion: Dialogue impossible?

Le succès des penseurs de Lomé 2 est d’avoir réussi à “politiser” un débat social. Le peuple en a marre des Gnassingbé; la communauté internationale croit aujourd’hui qu’il s’agit d’une guerre de partis politiques. Ceci traduit aussi une certaine faiblesse d’analyse des partis de l’opposition togolaise qui sont tombés dans le piège (pour leur propre gloriole) en colorant les marches populaires. Dans la société civile comme dans la diaspora, on assiste alors à un combat silencieux de coqs pour un gâteau même pas encore cuit.

OUI, un dialogue est possible au Togo, MAIS il faut les bons interlocuteurs autour de la table. Le Togo, placé sous  protectorat français, a obtenu une indépendance au rabais; il est important de reprendre l’histoire là où elle s’est arrêtée, renouer les liens avec l’Allemagne pour renégocier son “Ablodé”. Une négociation véritable doit  avoir lieu avec la France et l’Allemagne. Macron le sait; mais il est pris au piège du groupe d’intérêt qui tire les ficelles et l’a “placé” au sommet de l’Etat. Les vrais patrons du Togo n’ont pas envie de partager la prise de guerre (Port de Lomé – Phosphates – Brasseries – Hotels…). Il est temps à Berlin de prendre ses responsabilités et dire à Macron que la guerre est finie.

Le dialogue du 15 février 2018 est une fuite en avant du régime de Faure Gnassingbé. On ne dialogue pas avec une dictature, c’est une forme de caution à son régime. La date est dans tous les cas bien trouvée: une coalition de 14 + 1 dictateur; le compte est bon pour le 15.

 

Paris, le 9 février 2018
Daniel Ehuzu – PhD
ehuzud@yahoo.fr
#Ehuzud

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