Recettes togolaises: irrégularités, déficit de rigueur et de contrôle

Quel sera l’apport des sociétés d’Etat au Trésor public conformément aux promesses retenues par la loi de Finances 2018 ? Groupe Togo Telecom, Société Aéroportuaire de Lomé-Tokoin SALT, Port Autonome de Lomé PAL, la loterie Nationale Togolaise (LONATO), la Société Nouvelle des Phosphates du Togo (SNPT), la CEET, Hôtel Sarakawa, BTCI, UTB… combien rapporteront-ils au Trésor public en 2018 ?

Ayant fustigé le vote de la Loi de Finances 2018 (LF2018), le groupe parlementaire ANC a sorti un document justifiant sa position. Dans les lignes de cet exposé, on tombe des nus quand on apprend ce que le porte de Lomé, cette énorme société d’Etat, appelée poumon économique du pays compte verser au Trésor public. 2 milliards de F CFA en 12 Mois, mais aucune assurance quant à l’effectivité de cette promesse.

Hausse des investissements et baisse des bénéfices

Depuis 2008 déjà, le port du Togo enregistrait une très belle amorce de croissance :

  • trafic conteneurs annuel : 280.000 TEUS en 2008 contre 50.000 en 2001 : + 260 % !
  • trafic conteneurs mensuel moyen : 18.000 mouvements/mois en 2008, avec des pointes à 20.000 mouvements, contre 5.000 en 2001 : + 260 % !
  • cadence nette : 30 mouvements/heure fin 2008, contre 19 en 2003, avec un record historique en octobre 2008 : un navire déchargé à une cadence de 80 mouvements/heure – du jamais vu en Afrique de l’Ouest !
  • les grues avaient franchi le cap des 100.000 mouvements : elles avaient opéré 30.000 mouvements en 2007, ce chiffre avait plus que doublé en 2008.

« Du Port Autonome de Lomé dont les contributions en dividendes n’ont point évolué malgré les énormes investissements engagés, notamment le 3ème quai et Lomé-Container-Terminal et qui, sous pressions de l’opinion, n’entend contribuer cette fois ci que pour la modique somme de 2 milliards sans aucune assurance », indique le Groupe parlementaire ANC. En effet, une hausse de 29% du trafic a été annoncé au 30 juin 2017 par rapport au premier trimestre de l’année précédente, après une légère baisse d’activités enregistrée en 2016.

Le principal canal d’échange du Togo avec l’extérieur a enregistré  près de 9 millions de tonnes de marchandises  au premier semestre de l’année en cours, contre 6,9 millions un an plus tôt. Au titre du deuxième trimestre 2017, le trafic a atteint 5.2 millions de tonnes, soit une forte hausse de 41,2% par rapport au premier trimestre, et une progression de 37,7% en glissement annuel.

Au total, 656 navires ont accosté à Lomé contre 657 à la même période de 2016. 20% du volume de l’activité du port concerne les importations et exportations les pays du Sahel, notamment le Burkina Faso, le Mali et le Niger.


Il faut préciser que le groupe Togo Telecom, le plus gros contributeur, est composé de deux grandes sociétés dont Togo Cellulaire (Téléphonie mobile) et Togo télécom (actuel fournisseur d’accès internet d’Etat). Les deux sont dorénavant sous le Direction Générale de Atcha Dedji Affo, selon le décret de nomination pris au premier Conseil des ministres de l’année 2018.

Maintenir à tout prix le train de vie de l’Etat et payer les préfinancements

Pour l’année 2018, la Compagnie d’Energie Electrique du Togo (CEET), l’hôtel Sarakawa, l’UTB, la BTCI et autres selon la loi des Finances 2018, sont considérées comme en situation financière déplorable et sont exemptés de toute contrainte de contribuer aux recettes de l’Etat.

Sur un budget total de 1.321,9 milliards de FCFA, les recettes non fiscales sont prévues pour 76,5 milliards de FCFA en 2018. Les sociétés d’Etats ici relevées n’y contribueront donc qu’avec 24,6 milliards.


Présenté comme poumon économique du pays, le port Autonome de Lomé vient en avant dernière position avec 8% de contributions, et ce, 3 ans après l’inauguration du 3ème quai qui a coûté 300 milliards de francs CFA.

Au même moment, entre janvier et septembre 2017, Bolloré dans le même port autonome de Lomé, rapporte un chiffre d’affaires en hausse de 115% et évalué à 5,18 milliards d’euros.

La Loi de Finances 2018, grâce à la majorité parlementaire, est passée comme une lettre à la poste, malgré les flagrantes irrégularités. Par exemple, « l’Assemblée Nationale n’a pas encore adopté les lois de règlement de 2014, 2015 et 2016 pour la simple et unique raison que la cour des comptes, dans son rapport en ce qui concerne l’exécution du budget de l’Etat exercice 2014, a constaté des écarts qui restent à ce jour injustifiés ». C’est ainsi qu’on gouverne en Gnassingbé_land.

avec A. Lemou

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